Cette page-ci, je l’écris en pensant particulièrement à une vieille amie aux prises avec la maladie, et qui lutta sans relâche, et sans famille: elle aurait été certainement la mieux placée aujourd’hui pour parler « du commencement », ce temps inaugural où le petit d’homme, « convoqué » par ses parents, débarque au sein de sa famille, neuf et pourtant déjà tant alourdi de fantasmes, de rêves, de regrets, de frustrations… enfant attendu ou pas, enfant du désir ou pas, enfant de remplacement ou pas… mais enfant de réparation -souvent-, enfant porteur d’un « trousseau inconscient » (pour reprendre l’excellente image de D. et L. Langlois ) et investi d’une « mission » -toujours-…

Etre accueilli « sans conditions », tel que l’on est et dans le respect de l’individu que l’on deviendra, sous le regard bienveillant et soutenant de nos parents: voilà, à mon sens, ce qui nous permet de traverser le monde avec vaillance, de rebondir après les coups portés par la vie, de se reconstruire aussi… Voilà le projet que tout futur parent devrait caresser…

Pour beaucoup, l’accueil au sein de la famille se fait de manière « suffisamment bonne », et les fondements de l’estime de soi sont assez équilibrés pour grandir et vivre « bien droit dans ses bottes », avec la conviction d’être à sa place, d’avoir sa place dans le monde… Mais qu’en est-il pour ceux qui sont nés sans y être invités, trop tôt ou trop tard, du mauvais sexe, à un moment trop douloureux, et quoi d’autre encore; la place, s’il en est une, est alors soumise à conditions: sois discret, pousse sans bruit, n’en rajoute pas, sois réparateur, consolateur, sois brillant, soit fort, ne sois rien… quelle que soit la mission inconsciente de ce nouvel enfant, il devra justifier de cette place, accepter que s’il existe, c’est pour jouer un rôle bien précis… ne pas sortir des clous, exécuter sa tâche existentielle sous peine d’être nié, annulé, effacé… et chercher sa place, sans cesse, partout, avec la sensation de n’être jamais à sa juste place et de l’usurper sans fin… jusqu’à la fin ?…

Ma vieille amie a lâché prise à la Saint Nicolas… aucun vieillard bienveillant n’est venu sauver l’enfant perdue qu’elle portait en son sein… sein que le cancer est venu habiter. Elle a déserté le monde sans jamais avoir trouvé sa place, sa juste place, inconditionnelle…

Trouver sa place…

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