Il y a t-il plus juste temps que celui -fabuleux- de la naissance, pour penser le transgénérationnel?

La naissance, ce miracle à chaque fois renouvelé où l’enfant à venir, dès sa conception, est à la fois UN, unique et original, une infinité de possibles; et TOUT, un maillon supplémentaire de sa généalogie, un élément inédit du monde? Et voici donc le paradoxe de tout nouvel humain: faire avec ce qui lui est transmis par d’autres, malgré lui, en même temps que devenir lui-même, dans sa plus grande liberté, en toute autonomie…

La naissance, épisode final du raz-de-marée qu’est la conception dans le couple et qui bouleverse à jamais l’ordre familial: l’on devient parent, frère ou soeur, oncle ou tante, aïeul(e)… Les places et les rôles changent et, avec eux, les désirs, les certitudes, les attentes, les alliances et fidélités établies… Alors que l’inconscient familial est « revisité », animé d’un mouvement nouveau, chacun rencontre secrètement l’enfant qu’il fût et qui sommeille encore en lui…

Ce petit être en devenir, dès sa conception, devient ainsi le réceptacle de l’histoire et des expériences des siens et de l’histoire familiale: désirs, rêves, angoisses, hontes, fardeaux « mélancoliques », loyautés invisibles, dettes… c’est nu en même temps que lourdement chargé du bagage familial inconscient que l’enfant naît et prend la place qu’on lui a « destiné »:

– a t-il été désiré ou pas, attendu ou pas,

– est-elle née le même jour que cette aïeule terrible,

 – porte -t-il le prénom de cet oncle décédé si jeune ou celui, têtu, de tous les hommes de la famille depuis cinq générations;

– a t-il eu un jumeau mort in-utéro,

– est-ce un aîné ou un cadet,

– sa maman était-elle en deuil au cours de sa grossesse…?

Fidélités familiales, répétitions, syndrome anniversaire qui prend parfois forme de « malédiction », deuils gelés, croyances et mythes familiaux… autant d’événements et représentations que l’enfant perçoit et éprouve, et qui vont « engrammer » cette nouvelle vie…

« Quand l’ombilic se ferme, la bouche s’ouvre » (D. Wasse). Etre de langage, baigné, nourrit et bercé de paroles, le petit d’homme vibre aux non-dits, écoute les silences, entend ce que l’on tait, absorbe chaque blessure cachée, secret voilé et regret oublié: rien n’est plus bruyant que le mutisme, le regard, les évitements, les soupirs… ce qui n’est pas mis en mots est alors bien souvent mis en maux: l’enfant peut être parfois « malade de sa famille ».

Quels que soient notre famille et et l’adulte que l’on est devenu, nous avons tous été ce fœtus, ce nouveau-né, cet enfant au bagage si particulier et peut-être « malade » de ses ancêtres. Se planter au pied de son arbre, le découvrir dans sa globalité, en décoder le mouvement et le sens; élaguer ce qui nous encombre, ce dans quoi on ne se reconnaît pas, couper les branches toxiques; mais aussi repérer ce qui nous fait grandir, ce qui émule, les réussites familiales, voire les résiliences, et faire émerger le positif, le rayonnant…

Naissance!

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